Critique d'art de Luis PORQUET
Dans le sillage de ceux qui, depuis
les impressionnistes, ont glané sur les rives de la Seine d'inépuisables
thèmes d'inspiration, Gérard Quesney aime à peindre sur le motif. Posant
son chevalet partout où l'émotion le suscite, où la lumière avive les
nuances de la fougueuse campagne normande, des ors brasillants de
l'automne à la fraîcheur mélancolique de nos petits matins brumeux. Car
rien n'est plus changeant que le ciel de notre terroir.
L'abondance de sa production dissimule
quelquefois des pages inattendues comme ces pommiers en fleurs poussant
sur les roches d'Orival ou ces champs de tournesols vendéens, craquants
de sève et d'optimiste, sans oublier les mauves du jour naissant dans
les parages du PRE AU LOUP, si cher au coeur de nos aînés. Des Andelys
au Marais Vernier, des quais de Rouen à Honfleur, des champs de lin
frémissants aux majestueuses murailles d'albâtre, il promène son regard
toujours prêt à s'émerveiller, nous rappelant au passage qu'il fut un
temps l'élève de Ouine.
Pour cet autodidacte qui, il y a une
vingtaine d'années, s'aventura à esquisser ses tous premiers tableaux à
l'huile, l'amitié fait aussi partie des choses tout à fait essentielles.
Il s'incline volontiers devant le talent des autres et sait visiblement
faire preuve d'humilité. Amoureux de la Normandie, Gérard Quesney, comme
nombre de ses pairs, ne néglige jamais les voyages, grands pourvoyeurs
de découvertes, de fulgurances et de coups de coeurs. La presqu'île de
Saint-Cado et les abords du Lubéron nous en donnent un vif aperçu, nous
faisant oublier les humides rivages séquaniens qu'aimait à contempler
Malot, mais le désir du voyageur reste partout le même. Peindre n'est
qu'une manière d'apprivoiser l'instant et d'en dilater la durée. Peindre
n'est qu'une manière d'apprendre à mieux saluer la vie.
Luis Porquet, critique d’art